Entre parois mythiques et horizons intimes, la grimpeuse suisse Nina Caprez, aujourd’hui installée à Saint-Jean-de-Belleville, raconte le vertige d’une vie suspendue au rocher. Un récit sans filtre où la quête de performance se mêle à l’amour, à la maternité et au goût du large.
Comment est né ce projet de livre ?
L’écriture est pour moi un magnifique moyen de se mettre à nu. Il y a quatre ans, les Éditions Guérin (Paulsen) m’ont proposé d’écrire un livre sur mon parcours, car il manquait de voix féminines dans les sports de montagne. J’ai laissé passer trois ans : ce n’était pas le bon moment. Le déclic est venu lorsque j’étais enceinte de ma deuxième fille.
Pourquoi avoir ressenti le besoin d’écrire ?
C’était une manière de me livrer davantage. Et aussi de faire évoluer mon image : celle de la « machine suisse », d’une femme très forte, inaccessible. J’avais envie de montrer toutes les facettes : la lumière, bien sûr, mais aussi les doutes, les fragilités, les échecs.
Pourquoi ce titre, « La voie devant soi » ?
Ce titre résume mon parcours. Je n’ai jamais supporté d’entrer dans un cadre préconçu. Toute ma vie, j’ai tracé ma propre voie, avec l’escalade comme fil conducteur.
Y a-t-il eu des passages plus difficiles à écrire ?
Oui, en particulier la mort de mon père. J’avais presque trois ans lorsqu’il a fait une chute mortelle en montagne, en allant cueillir un edelweiss pour l’offrir à ma mère le jour de leur anniversaire de mariage. Écrire sur ce que j’avais ressenti, sur la manière dont j’ai traversé cette période… Nous n’en avions jamais vraiment parlé en famille. Mais cela m’a fait énormément de bien.
Quel tournant a marqué ta vie ?
En 2011. Je vivais du sport depuis quelques années, dans une véritable course à la performance. Cette année-là, à 25 ans, j’ai réalisé un rêve d’enfance : l’ascension de la voie mythique Silbergeier (8b+ max). Une des voies les plus dures au monde, dont j’ai été la première femme à réussir l’ascension. Après cet objectif, j’ai ressenti un calme absolu. Je n’avais plus rien à prouver.
Et aujourd’hui, quelle place pour l’escalade ?
Je suis à fond ! Je ne veux plus être enceinte (rires), j’ai déjà deux filles. Je retourne en falaise avec de nouveaux objectifs : refaire une voie en 8b+ cet été dans le sud de la France, puis, après l’été, me lancer dans une grande voie de presque 1000m au Pic de Bure. C’est mon prochain challenge, et j’en avais besoin.
Des figures féminines qui t’ont inspirée ?
Je n’ai jamais vraiment eu de modèle, je regardais peu ce que faisaient les autres. Mais j’ai une immense admiration pour la grimpeuse Lynn Hill. Nous avons passé beaucoup de temps ensemble, notamment en 2018 et 2019 sur la Nose. Je suis très admirative de la manière dont elle a élevé son enfant seule, en jonglant entre sa vie de mère et sa carrière de sportive.
Quelle est la voie devant toi ?
J’ai laissé la porte ouverte à un prochain livre. On reste un peu sur sa faim : j’ai surtout raconté mon parcours avant la maternité. Aujourd’hui, j’ai besoin de prendre du recul sur ce que je vis pour pouvoir l’écrire.
Un message pour les femmes ?
Soyez fières d’être femmes. Nous sommes remplies de douceur et de force. Nous avons un corps puissant, un esprit vif et libre. Nous sommes capables de faire mille choses à la fois. Il faut se valoriser, se féliciter et accepter d’être magnifiques.
Nina Caprez: Carving Her Own Line
Swiss climber Nina Caprez shares an intimate story of life on the rock, now rooted in Saint-Jean-de-Belleville. In her book, she opens up beyond performance, revealing doubts, loss and motherhood alongside major climbing feats. From her groundbreaking ascent of the iconic Silbergeier to new ambitions on big walls, she continues to forge her own path. Her message is clear: embrace strength and vulnerability, and be proud to move forward freely, on your own terms.



