Les 3 Vallées

Fabrice Pannekoucke, en territoires (in)connus

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© Infosnews
27 Feb 20263V482
Prénom : Fabrice
Nom : Pannekoucke
Âge : 51 ans
Origine : Malo-les-Bains (Nord)
Domicile : Moûtiers
Formation : BTS Production forestière
Job : élu et président de la Région Rhône-Alpes

De forestier venu du Nord à montagnard et président de Région en montagne, c’est ainsi que l’on pourrait résumer le parcours de Fabrice Pannekoucke. À 51 ans, cet homme de terrain, qui s’est ancré en Tarentaise il y a plus de 30 ans, a de l’ambition pour lui et le territoire qu’il sert. Entretien exclusif avec un porteur de flamme.

Du plat pays à la montagne
Natif de Malo-les-Bains, le jeune Fabrice a grandi en Flandres jusqu’à ses 18 ans. « Je vivais au contact de la nature, au milieu de la campagne. Nous avions des animaux domestiques, je montais à cheval. » La montagne, il la regardait un peu de loin, à travers des incursions en Haute-Savoie, et un grand-oncle militaire sur la base aérienne du Bourget-du-Lac, devenue Technolac aujourd’hui. 
 
Coup de foudre pour les Belleville
L’été de ses 12 ans, sa famille vient passer des vacances au Villaret, à Saint-Jean-de-Belleville. « Mon premier contact avec la Tarentaise. Une révélation ! En descendant de voiture, je me suis dit : c’est ici que je veux vivre… » À ses 18 ans, il s’y domicilie donc. « Mon petit – et peut-être unique – côté rebelle peut-être ! » Il campe en tout cas un premier pied dans la vallée…
 
L’appel de la forêt
Titulaire du Bac D’(options économie, phytotechnie, zootechnie…), Fabrice opte pour un Bac +2 Production forestière, au domaine des Barres (Loiret). Missions et projets sur le terrain aiguisent son intérêt pour l’aménagement du territoire. « La forêt, c’est une forme d’expression de ce que la nature veut nous donner, avec la considération du temps long. Un truc de sage… Il y a un vrai lien avec la politique en réalité ! On fait aujourd’hui des choses dont il ne faut pas avoir la prétention qu’elles seront pour nous. »
 
Et Georges Cumin le fit appeler…
Spécialisé dans la valorisation des friches de montagne, Georges Cumin, l’emblématique maire de Saint-Martin-de-Belleville, le fait appeler. « Je suis reçu en mairie par André Plaisance, alors premier adjoint, avec une promesse d’embauche dès ma sortie d’étude ». Juillet 1995, il pose ses valises et un deuxième pied au Villaret. Pour rester dans la vallée, il passe les concours de l’ONF, des parcs nationaux, de technicien territorial. « J’ai tout eu… » Il choisit la montagne et la mairie de Saint-Martin-de-Belleville, où il reste jusqu’en 2003.
 
Premiers pas en politique
Avec un grand-père UDF adjoint au maire, un père fonctionnaire territorial chez les pompiers, des militaires dans sa famille, « ça nourrit et ça porte forcément… » Inspiré par des figures comme De Gaulle ou Chirac, il s’engage jeune au sein du RPR (Rassemblement pour la République ». Dans ses grands marqueurs : les valeurs de la République, du drapeau, du service au sens de l’engagement. « Je crois beaucoup à la verticalité de l’action, aux questions d’autorité. » Il franchit tout naturellement le pas des élections municipales, devenant maire de son village de Saint-Jean-de-Belleville en 2003. « Même si j’étais encore l’étranger. On me l’a d’ailleurs souvent dit ! »

La vision s’élargit…
Automne 2003, il devient assistant parlementaire dans l’équipe d’Hervé Gaymard et Vincent Rolland, à Albertville. « Une véritable opportunité. » Les postes locaux s’enchaînent jusqu’à la présidence de la communauté de communes Cœur de Tarentaise créée en 2010, et la mairie de Moûtiers en 2014. « On ne peut pas vivre, quel que soit son poste, uniquement dans son périmètre. Il faut regarder ce qui se passe ailleurs, pour mieux servir nos territoires. »
 
Un nouvel échelon régional
La Région l’attire. Il doit patienter jusqu’en 2015 pour être élu. « Je rencontre Laurent Wauquiez (alors président, ndlr). On partage nos accords… et nos limites. » Début 2017, il est nommé conseiller régional délégué aux espaces valléens et la montagne, et met un pied au Comité du massif des Alpes. La suite confirme son ascension : réélection à Moûtiers en 2020, aux régionales en 2021. Le CV s’étoffe : président de l’Agence régionale du Tourisme, vice-président de la Région à l’agriculture en 2022, président de l’Assemblée du pays Tarentaise-Vanoise. Chaque semaine, il est au moins deux jours sur le terrain, combinant agriculture et tourisme, ses sujets de prédilection. 
 
2024, le tournant 
L’année 2024 est charnière. Il est nommé président du Comité du massif des Alpes, « où s’écrit l’avenir de la montagne ». Et surtout, en septembre, il prend les rênes de la Région, succédant – un peu à la surprise – à Laurent Wauquiez, parti ferrailler dans les sphères nationales. Un choix réfléchi, en concertation avec sa famille, qui lui coûte « la mort dans l’âme », cumul des mandats oblige, son poste de maire de Moûtiers. « Honnêtement, être président de Région, ce n’est pas ce que j’avais envie de faire quand j’étais petit garçon. Mais c’est passionnant, et ça change un peu les limites du terrain de jeu ! »

À portée d’engueulade
Pour tout mener de front, il élabore une stratégie du temps, répartissant les journées entre Lyon, Clermont, Paris, la Région, Moûtiers (chaque mardi) et le week-end en Tarentaise. « Le terrain me caractérise. J’ai besoin de prendre le pouls, de rencontrer les acteurs et habitants. » Fin orateur, il aime le contact direct. « Les mandats locaux sont formidables, car on est à portée d’engueulade… Il n’y a pas de filtre ! »

Des conseils ?
Pour ceux qui voudraient s’engager, en politique comme dans d’autres milieux, il insiste sur le fait qu’il « faut des convictions ». Car on ne fait pas une vie d’élu comme on fait une vie professionnelle… « On peut considérer qu’on est bien traité et qu’on vit dans une bulle, mais ce n’est qu’une face. Si je bossais dans l’industrie ou l’économie, ma vie serait beaucoup plus confortable… » Il conseille aussi « d’être en capacité de prendre de la hauteur. Tous les jours, je reçois des messages dégueulasses, notamment sur les réseaux sociaux. Mais ça ne me touche absolument pas. J’ai appris à vivre avec en 25 ans de politique. » 
 
Et demain ?
En bon montagnard, guette-t-il d’autres sommets ? « Je n’ai pas de feuille de route, assure-t-il. C’est en s’impliquant qu’on voit naître des opportunités. C’est ce que je dis à mes enfants : plus on travaille, plus il y en a… » Une certitude néanmoins, il continuera à œuvrer pour la Tarentaise et sa région. « J’ai de l’ambition, pour moi, ceux qui m’entourent, et le territoire d’exception dans lequel je vis. » Pour sa vallée, il a des rêves d’équilibre, « en sortant du spot touristique pour passer à l’échelle valléenne… » Plus généralement, il souhaite une montagne « vivante et habitée », sans antagonisme, fière de l’héritage laissé par les pionniers, sans « pour autant refaire ce qu’on a fait depuis 50 ans ».
 
Porter les Jeux…
Impliqué « comme une évidence » dans la candidature des JO 2030 dans les Alpes françaises dès 2024, portée par les deux Régions Auvergne-Rhône-Alpes et Sud, les Jeux sonnent pour lui « comme un accélérateur d’innovation dans une montagne en perpétuel mouvement ». Lundi dernier, à Albertville, à l’occasion du Grand Retour de l’équipe de France et du drapeau olympique pour 2030, il n’a pas caché son engouement pour cet événement exceptionnel, n’en déplaise « aux pisse-froid » et détracteurs. « Lundi, c’était le premier jour du reste de nos Jeux… »

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L’interview décalée
• Si tu étais un arbre ?
Le mélèze ou l’arolle, symboles de durabilité, de temps long, et qui supportent bien l’altitude.
• Un animal des montagnes ?
Pas la marmotte, car je ne dors pas assez ! Peut-être le chamois ou le bouquetin, car ils savent tracer le chemin dans les terrains escarpés.
• Un sommet ?
La Grande Casse, et la Cime Caron pour Cœur de Tarentaise…
• Un plat ?
Les crozets à Moûtiers, je suis obligé…
• Un vin ?
La Mondeuse, je suis un indécrottable.
• Un livre ?
Sur le volet forestier, c’est « Être un chêne »… Et ça va peut-être étonner, mais « La vie à tire-d’ailes », de Roland Fraissinet, le pape du sauvetage aérien.
• Une chanson ?
Allez, « Les Allobroges »…
• Un coin préféré ?
La vallée des Belleville, forcément… Et la Croix de Feissons, d’où je vois Moûtiers.
• Une passion insoupçonnée ?
Écouter de la musique, en tous genres, c’est ce qui me sauve. Lire. Et m’asseoir sur un caillou pour regarder la montagne.

Fabrice Pannekoucke, from Local Roots to Regional Power

From northern France to the Alps, Fabrice Pannekoucke has built his path between nature, local action and politics. Settled in Tarentaise since youth, the former forester developed a strong field-based approach, becoming mayor, then a key regional leader. Now President of the region, he promotes a balanced mountain, rooted in its valleys yet open to new ideas. He also sees the 2030 Winter Olympics as a powerful driver to innovate and shape the future of the Alps.